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Regard(s) de collégiens morbihannais !

Cette année encore, 16 collèges publics et privés du Morbihan participent une nouvelle fois au célèbre festival photo de La Gacilly. Les travaux des élèves, menés durant toute l’année avec les équipes pédagogiques des collèges, les photographes parrains (Yvon Boelle, Eric Frotier de Bagneux, Gwénael Saliou, Hervé Le Reste, Fred Mouraud et Cédric Wachthausen), avec le soutien du Conseil départemental, seront exposés du 04 juin au 30 septembre.

Le thème cette année : les océans. Courant mars, nous sommes partis à la rencontre de Léa, Antoine, Serhad, Kilian, Dylan, Sandra… et toute la classe Ulis (Unités localisées pour l’inclusion scolaire) de Notre-Dame de Ménimur. Ils étaient en pleine séance de travail, en bord de mer, sur la plage de Mousterian à Séné, en compagnie de leur photographe parrain, Cédric Wachthausen, et de leur enseignante, Cécile Fortin.

Voici leurs témoignages…

Cédric (le photographe) :

« Le projet a été mené de mains de maître par les élèves de la classe Ulis de Menimur. Ce sont eux qui, dès le départ, ont souhaité mettre l'accent sur l'imaginaire et la narration fantastique permise par le langage photographique. Très vite est apparue une atmosphère de conte que nous avons décidé de mettre en image en utilisant les perspectives et la profondeur de champ. Aussi ludique et fraîche qu'apparaît la série finale, la construction de ces montages n'en est pas moins le fruit de prouesses techniques et d'une attention très soutenue de la part des élèves. De la construction des images à l'écriture du texte, qui participe à la présentation, j'ai été stupéfait par le travail de groupe et l'investissement des élèves qui ont su se lancer dans ce projet passionnant avec intérêt et enthousiasme. »

Léa (une élève) :

Que faites-vous aujourd’hui ?
On prend des photos, sur le thème de la mer, pour une expo à La Gacilly. Des classes vont venir la visiter. On doit faire 10 photos, il nous en reste cinq photos à prendre…
En classe, on a préparé avec la prof et le photographe ce que l’on allait faire, ce qu’il est possible de faire, ce qui n’est pas possible de faire. Au début, on voulait faire des photos avec le soleil, mais là on ne peut pas, parce qu’il y a des nuages. On voulait aussi faire d’autres trucs. En fait, au début, on n’avait pas trop compris, on mélangeait avec d’autres thèmes… Maintenant, on comprend mieux. Au début, on rêvait un peu, on pensait même voler dans les photos !

Comment avez-vous choisi le thème ?
On avait plusieurs choix possibles, on avait écrit des thèmes sur le tableau et, ensemble, on a choisi la perspective, pour faire des illusions.

Qu’as-tu appris ?
Qu’il ne fallait pas prendre des photos au pif, qu’il fallait bien regarder. On ne prend pas une photo sans bien regarder : voir si quelqu’un ne gêne pas, s’il y a du soleil… Au début, je ne faisais pas attention. Tu regardes et si ce n’est pas bien tu refais… C’est le photographe qui nous dit si c’est bien ou pas bien. Par exemple si l’image est floue, si l’on ne voit pas quelqu’un de loin, s’il n’y a pas quelque chose qui cache, si tu rigoles… alors il faut recommencer…

Vous apprenez à composer aussi ?
Oui, des fois on se déguise aussi. On met des pantalons jaunes, des T-shirts marins pour faire croire qu’on est vraiment dans la photo, comme dans un film.

Tu as appris à regarder, tu as appris composer, as-tu appris d’autres choses ?
En fait au début, on se parlait mal dans ma classe et maintenant on se parle mieux, on s’aide entre nous. Au début, il y avait deux clans dans la classe et maintenant on s’aide plus.

Quel est ton objectif avec ce projet ?
Montrer qu’on est capable de faire plein de choses, même si on est des Ulis, parce qu’on est des gens en difficultés, on n’arrive pas à faire comme les autres classes normales. Ma prof, elle fait tout pour qu’il n’y ait pas de différence entre les classes normales et les Ulis.

Qu’apporte le photographe dans la classe ?
Il est un prof, mais en même temps on peut aussi rigoler ensemble !

Vous travaillez sur le projet quand le photographe n’est pas là ?
Oui, on travaille beaucoup sur ça et sur la mer. On a eu des évaluations sur la mer, les poissons, ce qui a l’intérieur des poissons… pour bien connaître tout ce qu’il y a dans la mer…

Tu es contente de montrer ton travail ?
Oui ! Si c’est bien fait. C’est la première fois que tout le monde va voir ce que l’on fait, on va vraiment nous montrer alors qu’au collège, on se cache un peu. Des fois des gens parlent derrière notre dos. Ils disent : « oh, elle, c’est une Ulis ». Pour eux, on n’est pas pareils.

Cécile (l'enseignante) :

Pourquoi avez-vous choisi de participer à ce projet pédagogique ?
Chaque année, j’aime bien travailler sur un gros projet. L’objectif, c’est de fédérer le groupe et donner du sens aux apprentissages. Comme j’avais un élève passionné de photos dans la classe qui est dans un club photo, et que j’aime bien partir de l’intérêt de mes élèves, je me suis dit que si je devais participer à La Gacilly, il fallait le faire cette année.

Le thème est : « les océans », donc en sciences, on a travaillé l’environnement marin ; en histoire-géo, on a étudié la manière dont les océans ont permis de découvrir le monde ; en littérature, on a travaillé sur un roman dans lequel le héros fait le tour du monde sur un voilier… On travaille le vocabulaire lié à la mer. Voilà pour le côté disciplinaire, qui donne du sens aux apprentissages.

Ensuite, ce projet sert à fédérer le groupe, à faire sortir les élèves de la classe, leur apprendre à être disciplinés toute une journée debout… Il y a des tas d’enjeux sociaux, comportementaux… Et ce projet sert à les valoriser ! J’essaie toujours de les faire participer à des projets qui ne soient pas réservés aux Ulis, mais à des classes ordinaires pour leur montrer qu’ils sont capables malgré leurs difficultés de faire des choses comme les autres. C’est très important.

Donc depuis le début de l’année, on a fait pas mal d’ateliers sur le thème de la photo, entre nous, avant la venue du photographe. On a, par exemple, travaillé en français sur le portrait : comment se décrire, qu’est-ce que l’autoportrait… ? Puis, on s’est essayé à la photo, avec toute une série de portraits, de portraits croisés… On a joué avec cette histoire de portrait tout le premier trimestre, ce qui leur a permis de découvrir la photographie et de s’initier à l’appareil photo aussi. C’était de l’amateurisme, mais c’était au moins une première approche. Antoine nous a amené pas mal d’apports, puis Cédric est arrivé avec un savoir plus technique.

On s’est ensuite demandé ce que l’on allait faire. On a pris des livres à la médiathèque et ils ont été charmés par les photos truquées, les jeux de perspective. Ils ont voulu partir là-dessus, c’est ludique. Mais aussi vraiment compliqué et je ne sais pas si nous allons réussir à faire les 10 photos !

Le photographe a-t-il trouvé sa place ?
Cédric a un super contact. Ils l’ont tout de suite bien apprécié. On a des souvenirs très rigolos, notamment lorsque Cédric expliquait, d’un côté très technique, la perspective et le contre-champ. Il a fait un dessin au tableau, un schéma, mais personne ne comprenait et je me disais : « mais qu’est-ce qu’il raconte ?! » Finalement, j’étais très surprise car ils ont compris et retenu plein de choses !

Ce projet est une réussite ?
Chacun a développé ce qu’il pouvait, et il y a toujours quelque chose à en tirer, rien que pour la dynamique de groupe, pour le vocabulaire appris… Après forcément, cela dépend de leur niveau, de leurs capacités, de leur investissement, de leur personnalité...

C’était une classe en début d’année dans laquelle l’ambiance était horrible ! Et je leur ai dit qu’on ne pouvait pas travailler dans cette ambiance-là. C’est pour cela que je mise toujours sur l’effet projet. Ce sont des enfants qui n’ont pas toujours les mots qu’il faut. Cela part vite dans le conflit et quand on arrive à créer une ambiance de groupe assez sympa, ils sont sereins et ouverts aux apprentissages. Sinon, ils sont parasités par tout un tas de conflits et on n’arrive pas à travailler. Quand on passe du temps à régler les conflits, on ne passe pas de temps à travailler.

Ce sont des élèves qui ont une estime d’eux-mêmes vraiment très basse parce qu’ils sont stigmatisés, en Ulis. Ce projet les valorise et leur montre qu’ils sont capables de faire des choses. Je pense que les projets culturels les tirent vers le haut et les valorisent. C’est important de faire travailler leur imaginaire et dès que l’on va sur ce champ-là, certes, c’est difficile, mais cela ouvre plein de choses.

Là, ils sont bien. Il y en a qui m’ont dit : « oh, je passe une bonne journée. C’est la meilleure journée de ma vie ! ». Ils n’ont tellement pas l’habitude de vivre ce genre de moments.

Quelles sont les prochaines étapes ?
Rédiger le texte qui accompagnera les photos. Nous avons choisi un poème de Maurice Carême, qui commence toujours par : « avez-vous vu… ? » Nous allons donc mettre en poésie notre projet, à partir de ce texte. Cela nous permet de travailler sur le poème : qu’est-ce que la poésie ? Comment est formée une rime ?… Puis, il faudra le traduire en anglais et apprendre quelques mots de vocabulaire et de travailler la prononciation.
Nous allons aussi sélectionner les photos qui seront exposées.
Et ensuite, ce sera l’exposition ! Je pense profiter du déplacement à La Gacilly pour organiser un voyage de classe !

Antoine (un élève) :

Alors c’est toi qui a donné l’idée de participer à ce projet ?
L’an dernier, on a fait un projet théâtre et ça m’a beaucoup plu. Comme on utilisait un appareil photo, et que j’avais envie d’en faire depuis plus longtemps, je m’y suis mis. Maintenant, j’ai mon appareil et je n’arrête plus de faire de la photo. Je fais même partie d’un club depuis septembre.

Pourquoi la photo ?
Parce que j’aime bien créer des choses. Il faut avoir de l’imagination et ça demande du temps. Je fais plus du paysage et du portrait, de la photo de sport aussi. Je fais du tennis de table en club alors maintenant, c’est moi qui prend les photos !

Et qu’as-tu appris avec ce projet ?
J’ai bien aimé le travail sur les perspectives. Ça fait découvrir un domaine que certaines personnes ne connaissaient pas et c’est bien de montrer au festival de La Gacilly ce que l’on sait faire et bravo ! Oui, c’est ça, c’est pour dire : regardez, voilà ce que l’on sait faire !

Making Off avec les Collégiens Marins de Saint-Félix, Hennebont